Lettre d’une maman confinée #jour19 ou plus. Je ne sais plus.

Minuit. Des hurlements me réveillent. C’est l’engueulade du siècle chez les voisins. Le mec est hystérique et crie comme un diable de Tasmanie. Vous avez déjà entendu le cri de cet animal ? C’est un mélange entre un grognement de zombi dans Résident Evil et le hululement sauvage d’une chouette qui se serait coincé les coucougnettes dans un piège à rat rouillé. La trouille me propulse hors du lit avant même d’être réveillée et mes chats, paniqués par le soudain bordel apocalyptique, dérapent et sautent en tout sens pour fuir aussi vite qu’un Flash en plein rush.

Mon homme, furieux, tape au mur en gueulant. Silence.  Ouf ! Après une série de jurons bien sentis, je me recouche, oreiller sur la tête, espérant ainsi oublier la cacophonie des psychopathes du dessus. Peut-être que si je ne m’étais pas enfouie de la sorte, j’aurai vu que mes félins, outrés par tant de manque de convenances, allaient préparer leur vengeance.

Lorsque mon mari se lève à 6h, c’est la stupéfaction. Il y a une manif dans notre petit appartement. Ils scandent des slogans que nous ne pouvons comprendre, défilent dans nos jambes, et Pichu, la tête coincée dans la anse d’un sac en papier, court partout, comme un fou, rebondissant sur les murs, le canapé, la table en faisant tout tomber. Sur le sac il y a griffonné  » Des croquettes de qualité ou je vous mange les pieds ! ». Oui, il faut savoir que la spécialité de mon chaton est de croquer les orteils. Il a une passion mordante pour ces petits boudins mobiles qui fleurent bon (selon lui), avec une préférence notable pour les miens.

Je songe un instant à remettre mon gilet jaune et manifester avec eux. Question d’habitude. C’est là que je réalise que je vais devoir jouer la policière et passer de l’autre côté de la barrière. Argh ! Non ! Ce serait contre nature ! Je décide donc de libérer mon pauvre chaton de son sac. Je dispute Princesse pour avoir utilisé son compagnon comme pancarte ambulante et je leur donne les croquettes demandées. Déjà qu’on squatte chez eux (oui, il faut se rendre à l’évidence, c’est LEUR territoire), il faut bien qu’ils aient une compensation. Princesse me regarde, hautaine, attendant la réponse à ses revendications et je négocie dur à coup d’explications logiques, de câlins et de mamours sous l’œil perplexe de mon mari. Quoi ? Je ne vais pas les gazer, charger ou les mettre en prison. Je préfère la solution douce qui se révèle efficace : ma petite chérie ronronne et se frotte contre moi, contente. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Carapuce, elle, est nourrie de mâche bio fraîche et se dore la pilule sous sa lampe UV. Elle a obtenu un vivarium plus vaste, une vue imprenable sur tout le salon et un super circuit pour se défouler. Elle me regarde, ravie et me fait un clin d’œil. Ou peut-être qu’elle me trouve simplement moche. Oh hé ! Il est 6h du mat, je ressemble plus à un Chewbacca grognon qu’à une princesse Disney. Normal, non ? Je n’ai pas encore eu mon café.

Je contrôle l’état de mes enfants. Mon grand est réveillé et il lit. Il stresse pour son bac de français donc il bosse comme un fou. La petite révolution des chats ne l’a pas alarmé. Il est tellement concentré que c’est à peine s’il me répond d’un grognement lorsque je lui dit bonjour. Par contre, à la seconde où je lui dit qu’il peut aller déjeuner, il lève la tête, cligne des yeux plusieurs fois et forme un mot : « Manger ? ». « Oui, mon chéri. Tu peux aller manger. » Il disparait aussitôt pour prendre d’assaut le placard à petits déjeuners.

Rassurée (tant qu’il a faim, c’est qu’il va bien), je passe à la chambre suivante. Je suis armée de carottes, j’ai enfilé un casque, des lunettes de protections et mon masque à gaz. J’entrouvre le battant la peur au ventre et jette un premier regard par l’interstice.

Tout est sombre. Pas un bruit. Je n’entend que ma respiration amplifiée par la protection. Mes yeux s’habituent à l’obscurité et je commence à distinguer des formes éthérées et inquiétantes qui bougent avec lenteur. Tels des fantômes, les lapins s’approchent. J’entends le cliquetis de leurs griffes sur le sol, discret, irrégulier, mais marque d’une multitude prête à me dévorer.

Mes mouvements sont lents, prudents. Je m’accroupis et sors les bout de carottes de mes poches. Je les lance vers les ténèbres mouvantes et un bruit mouillé accompagne leur chute. Tout s’arrête, je retiens mon souffle, puis, petit à petit, je les vois, leurs yeux lumineux et rouges, qui se fixent sur moi, méfiants. Ils sont si nombreux que j’en frémis d’horreur. Ils se sont multipliés ses derniers jours, bien plus que je ne l’avais escompté. La peur fait accélérer les battements de mon cœur et mon corps se couvre de sueur. L’adrénaline brûle mes veines et je suis prête à bondir hors de portée au moindre souffle.

Je frémis lorsqu’une première créature croque dans l’aliment désiré et tout à coup, la tension disparait complètement alors que les démons se nourrissent en m’ignorant complètement. Prudente, je sors ma petite lampe de poche et je me relève en faisant attention à chacun de mes pas. Les obstacles sont nombreux, entre vêtements sales, déchets et legos. La chambre est piégée, mais je m’y attendais. J’approche discrètement de la tanière de la licorne. Le petit être est recroquevillé sous sa couette et seules quelques mèches multicolores me confirment sa présence. Un ronflement léger m’indique que tout va bien. Elle est si mignonne ! Je commet l’erreur de retirer mon masque pour lui faire un bisou.

L’odeur est terrible, indescriptible, au point que je recule et replace la protection à la hâte. Mes mouvements brusques alarment les lapins démoniaques qui arrêtent leur orgie de carottes pour se tourner vers moi. Une seconde d’éternité, nous nous jaugeons alors que je calcule chaque mouvement à faire pour m’échapper. À peine ai-je pris mon élan que l’armée carottivore se jette sur moi. Plus rapide que l’éclair, je saute par dessus les obstacles, évite des dents acérées, les legos et je bondis vers la porte.

Je referme le battant et le bloque de toutes mes forces, le bruit des corps mou heurtant le bois me fait frémir, mais qu’importe. Je suis sortie entière de l’antre de la licorne. Je suis sauvée. Je reviendrai plus tard, armée d’un balais, d’une bombe désinfectante et d’un mari à grosse voix autoritaire. À nous deux, je ne doute pas que nous parvenions à retransformer  son repaire en un lieu sain et acceptable. Hélas oui. Nous sommes déjà passé par là avec mon fils, mis à part qu’il n’avait pas une horde de lapins en peluche à son service. Je vais devoir trouver une solution pour les mater.

BILAN : La chambre du fond est redevenue calme. Les lapins ont fait semblant d’être inanimés devant mon mari et on en a profité pour les enfermer à la cave. Ouf ! une bonne chose de faite.

 

Lettre d’une maman confinée #jour18

Mon mari a décidé de lire mes conneries pour une fois. Oups ! Donc il m’a demandé de vous apporter quelques précisions concernant ses passions/projets futurs (ou imaginaires, concrètement, y’a pas mal de trucs impossibles). La liste n’est toujours pas exhaustive, mais vous en saurez plus (Yes ! encore une liste !!!!) :

-Éleveur-dresseur de hyènes pour mémés. Alex part du principe ou ce serait mieux qu’un caniche pour les défendre. En plus, pas besoin de cacher le corps de l’agresseur, ça bouffe tout. C’est écolo et ça évite la prison. Puis, si mémé est fatiguée, elle peut toujours monter sur Bouffetout comme un poney pour rentrer à la maison. Oui, Bouffetout ce sera le nom de la première hyène commercialisée, c’est parlant et comme je disais, éco-friendly.

-Éleveur de renard, parce que c’est trop adorable. Je suis enthousiaste concernant cette idée. Plus que pour les hyènes. (J’ai adoré Rox et Rouki c’est un des premier livre que ma maman m’a lu quand je suis arrivé en France).

-Éleveur de corbeaux. Les corbeaux c’est super intelligent, puis en jeu de rôle grandeur nature, c’est quand même vachement classe (inspiration Odin), surtout qu’ils sont super intellligents.

-Détection de métaux. Mon homme est un mini Indiana Jones féru d’histoire qui trouve des pièces romaines avec son détecteur. La classe ! J’ai bien songé à lui acheter un chapeau et un fouet, mais il n’a pas une tête à chapeaux. Quant au fouet…. Bande de curieux va !

-Collection de métaux. Ben oui, toutes les pièces et les trucs qu’il déterre, ça fini à la maison.

-Collection de cailloux. Soit disant, ça a un intérêt parce que ça a des millions d’années, blablabla… N’empêche que j’ai plein de gros cailloux-escargots qui prennent la poussière. J’avoue que par contre, j’aime beaucoup sa collection de pierres semi-précieuses. Il a même plein d’améthystes différentes. Je soupçonne que c’était pour mieux me faire avaler la pilule. Ça a fonctionné, comme toujours.

-L’histoire. Il est incollable dans beaucoup de domaines. Si je sers de dico ambulant à mes gosses, lui c’est l’encyclopédie. En plus, il retient tout. C’est désespérant.

-Collection de timbres. Vous voyez la taille d’un timbre ? Monsieur a quand même un carton plein à trier (décoller, découper, classer) qu’il a mit de côté pour sa retraite. J’avoue ses albums déjà prêts (hérités de son grand père, je crois) sont magnifiques.

-Il veut aussi faire des bagues en argent. Il a trouvé un tuto sur internet (je dis un, mais y’en a des dizaines) et depuis, il veut tester. Encore une fois, l’idée est géniale et ça fait des super bagues. Mais je n’ai pas de maillet ou de truc bidule pour presser et faire la forme. Yep, c’est très technique et ça me passe largement au dessus.

-Il rêve aussi de faire des couteau, forger la lame, sculpter les manches. On a de jolis bouts de bois qui n’attendent que ça.

Heureusement, notre appart a une cave remplie de trucs pour ses projets. Cette cave nous sauve ! Nos 65m² n’auraient pas supporté son imagination débordante, la quincaillerie qui va avec, mon stock de bouquins et tout le reste.

Heureusement (oui, encore) la créativité folle de mon chéri n’a d’égale que la mienne. Sa curiosité, sa passion, son intelligence et sa collectionnite aiguë sont aussi ce qui m’a séduite. Comme j’aime le dire, j’ai trouvé quelqu’un de tordu dans le même sens que moi et l’avoir comme colocataire de vie me garantie de ne jamais m’ennuyer. Je souhaite à tout le monde la même chose.

Pour le reste :

Aujourd’hui, j’ai été obligée de séparer mes gosses à coup de balais. Je songe sérieusement à leur mettre des muselières pour qu’ils ne puissent plus se mordre l’un l’autre comme des bêtes sauvages. La guerre de territoire a cessé provisoirement car mes gamins sont débordés de boulot (surtout le grand). Le stress est au maximum et ça craque un peu sur les bords. Je vais devoir leur trouver un défouloir. Peut-être que bombarder de caca de chat les imbéciles qui sortent dehors malgré le confinement pourrait leur faire du bien. Double utilité : punir les irresponsables et recycler les cacatov de mes chats. Je vais aller voir un tuto pour fabriquer des lances-pierres.

Mes animaux préparent un truc. Je crois avoir vu un panneau en carton bariolé avec un slogan. Je n’ai pas pu en lire l’intégralité mais le mot « croquettes » était écrit en gras. Je vais me retrouver avec une révolte sur les bras. Ils complotent, je le sais. La preuve en photo. Oui, c’est bien Pichu (en noir) en train de soudoyer Carapuce (la tortue) avec de la salade, sous l’œil complice de Princesse assise dans son trône.

 

BILAN : J’ai peur que mon cerveau soit en train de dérayer, mais TOUT VA BIEN !